Question au Gouvernement Nº
0076G du 31/01/2003 page 499 avec réponse posée par NOGRIX (Philippe) du groupe UC .
M.
Philippe Nogrix.
"Monsieur le Premier ministre (M.
René-Pierre Signé et plusieurs de ses collègues couvrent la voix de
l'orateur par leurs exclamations)... ... Monsieur Signé,
silence, s'il vous plaît ! Monsieur le
Premier ministre, j'ai bien compris la détermination du
Gouvernement de soutenir le déroulement de l'Agenda 2000 prévu par les
accords de Berlin. Toutefois, je me permettrai d'insister sur quelques
points. Il faut, monsieur le Premier ministre, s'opposer au découplage,
conserver et défendre les organisations communes de marché et garantir
la préférence communautaire. Si nous suivons M. Fischer, toutes les
conditions sont réunies pour que notre agriculture disparaisse, de
manière progressive mais programmée. Le métier d'agriculteur a un
prix : peut-on accepter la logique des baisses de prix ? Le métier
d'agriculteur est noble : pourquoi le rendre de plus en plus dépendant
des aides directes ? le métier d'agriculteur a besoin d'avenir :
pourquoi porter atteinte à l'installation des jeunes ? Toutes ces
questions, nous nous les posons. Les agriculteurs ont besoin de
perspectives, ce qui a été confirmé par les accords Schröder-Chirac
intervenus en novembre. Il faut continuer à développer un modèle
agricole et alimentaire européen sans lequel notre politique de
structure agricole n'a aucune signification. Ce modèle sera soucieux de
l'installation des jeunes. Il garantira une solidarité entre
production, régions et générations. Il reposera sur la
responsabilité et l'initiative des agriculteurs. Le ministre de
l'agriculture doit défendre devant ses collègues européens toutes ces
propositions car nous avons des alliés et parce que nous obtiendrons la
majorité sur ce sujet. Le Gouvernement compte-t-il orienter ainsi sa
stratégie à Bruxelles ? En résumé : les propositions suivantes -
empêcher le découplage total, conserver les organisations communes de
marché en préservant l'unicité de prix et l'unicité de marché,
garantir la préférence communautaire - seront-elles défendues par la
France ? Quelle sera la stratégie soutenue pour présenter une
proposition française recentrée sur les principes originels de la
politique agricole commune ?"
Ministère
de réponse: Commerce extérieur
Publiée dans le JO Sénat
du 31/01/2003 page 500.
M.
François Loos, ministre délégué au commerce extérieur.
Monsieur le sénateur, comme vous l'avez entendu dire tout à
l'heure, M. le Premier ministre s'est
engagé fortement à défendre les engagements français au niveau
communautaire et le ministre de l'agriculture, lundi et mardi, s'est
montré très ferme vis-à-vis du commissaire Fischler et de sa
prétendue réforme de la PAC. En 1999, des engagements européens ont
été pris. A la fin de l'année 2002, il a également été décidé,
au sommet européen de Copenhague, que la PAC serait respectée, qu'elle
ne serait pas perturbée d'ici à 2006. M. Serge Vinçon. Très bien !
M. François Loos, ministre délégué. Le budget est consolidé et nous
savons exactement comment le budget européen de la PAC évoluera
jusqu'en 2013. (Applaudissements sur les travées de l'UMP.) M. Henri de
Raincourt. Très bien ! M. François Loos, ministre délégué. Par
conséquent, des engagements ont été pris qui ont valeur juridique
dans le contexte européen. Par ailleurs, sur le fond, nous avons bien
évidemment une vision à long terme. M. René-Pierre Signé. Mais vous
ne serez pas là à long terme ! M. François Loos, ministre délégué.
Elle ne consiste pas à accepter le découplage parce que cela
signifierait que nous renonçons à considérer que l'agriculture est
une activité économique. Nous acceptons la multifonctionnalité de
l'agriculture ! (Applaudissements sur les travées de l'UMP et de
l'Union centriste.) M. Henri de Raincourt. Quel talent ! Mme Nicole
Borvo. Parole, parole !... M. François Loos, ministre délégué. Les
agriculteurs remplissent bien des rôles auxquels ils doivent
durablement se consacrer. C'est essentiel pour notre pays, pour
l'environnement, pour des raisons sanitaires. Mais l'agriculture est une
activité économique en soi et elle doit le rester. M. Didier Boulaud.
Voilà une découverte importante ! M. François Loos, ministre
délégué. C'est la raison pour laquelle le découplage n'est pas
acceptable pour notre pays et nous nous faisons fort d'en convaincre nos
collègues européens. (Exclamations sur les travées du groupe
socialiste et du groupe CRC.) Je connais bien la proposition américaine
sur cette question ; je peux vous affirmer que les Américains font du
découplage totalement déguisé et qu'en réalité ils ont une vision
économique beaucoup plus dangereuse qu'il ne paraît à travers ce que
leurs alliés du groupe de Kerns veulent bien prétendre. Mme Nicole
Borvo. Les discours anti-américains, c'est pour l'hémicycle ! M.
François Loos, ministre délégué. Nous devons rester fermes sur ce
point et nous le resterons, aussi bien à Bruxelles qu'à Genève où se
tiennent les négociations de l'Organisation mondiale du commerce.