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Actions au Sénat - Questions d'actualité
La situation en Côte d'Ivoire.
14
Avril 2005
M.
le président. La
parole est à M. Philippe Nogrix.
M.
Philippe Nogrix. Ma
question s'adresse à Mme la ministre de
la défense.
A la suite des événements
tragiques de novembre 2004 survenus en Côte
d'Ivoire, mon collègue M. André
Vallet soulignait la légitimité
historique et l'importance de la présence
française dans ce pays, mais aussi le
devoir qui incombait à la France envers
la population locale comme envers tous
nos compatriotes rapatriés dans
l'urgence et dans la précarité.
Aujourd'hui, la situation connaît un
nouveau tournant. C'est, en tout cas, ce
que semblent nous indiquer les
informations qui nous parviennent.
Grâce à l'opération Licorne, la présence
militaire française en Côte d'Ivoire
aux côtés de l'ONUCI, l'Opération des
Nations unies en Côte d'Ivoire, a été
confirmée et prolongée par un mandat
du Conseil de sécurité,...
Un
sénateur socialiste.
C'est notre Vietnam !
M.
Philippe Nogrix. ...et
les nombreuses négociations menées par
le Président sud-africain, M. Thabo
M'Beki, soutenu par l'Union africaine,
la communauté internationale et la
France, ont abouti à un accord, ce dont
nous sommes satisfaits.
En dépit de tous ces éléments
positifs, la tension semble monter en Côte
d'Ivoire. La présence française, matérialisée
par les soldats de l'opération Licorne,
reste controversée, malgré le calme
tout relatif des jeunes patriotes.
M.
Jean-Pierre Michel.
Pas de néocolonialisme !
M.
Philippe Nogrix. Il
n'y a pas de commentaires à faire, mon
cher collègue, il n'y a qu'à écouter : ce
serait, au moins, une attitude digne !
La situation ne peut guère s'améliorer,
compte tenu des allégations avancées
par les autorités ivoiriennes quant à
la légitimité et à la nature des
interventions de nos forces ; je
pense particulièrement à la sécurité
des informations qu'elles ont collectées.
La paix reste précaire, comme le
montrent les tensions entre le Président
Laurent Gbagbo, qui - j'emploie le
conditionnel - utiliserait des
mercenaires pour déstabiliser la rébellion
et les Forces nouvelles.
Le retour à la démocratie dans ce
pays sera extrêmement difficile sans
une volonté clairement affichée par le
pouvoir actuel. Et nous n'en sommes pas
encore là.
Nous sommes très inquiets, madame la
ministre, pour nos soldats, pour la
paix, la sécurité et la démocratie en
Côte d'Ivoire.
Dans cette perspective,
pourriez-vous nous rassurer, si cela est
possible ou, pour le moins, nous donner
des indications sur l'aboutissement de
la médiation du Président M'Beki ?
Son arbitrage, en ce qui concerne
les futures élections présidentielles,
sera un signe. Le Président Gbagbo s'y
conformera-t-il en donnant à ses
opposants la possibilité d'être
candidats ?
Pensez-vous que les négociations
sur le désarmement entre le Président
et les forces rebelles, en application
des accords de Pretoria, ont des chances
d'aboutir ?
(Applaudissements
sur
les travées de l'UC-UDF et de l'UMP,
ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M.
le président. La
parole est à Mme la ministre.
Mme
Michèle Alliot-Marie, ministre
de la défense. Monsieur Nogrix,
vous avez raison de souligner que la
situation en Côte d'Ivoire est extrêmement
instable et fragile. Les accrochages qui
ont lieu tous les jours près de la zone
de confiance, comme l'insécurité qui règne
à Abidjan, le prouvent.
Pour autant, il faut bien constater - nous
nous en réjouissons tous - que la
médiation du président M'Beki dans des
conditions particulières, c'est-à-dire
avec, simplement, les parties africaines
concernées, représente un élément
nouveau important et porteur d'espoir.
L'accord qui a été passé et a été
contresigné par tous les partenaires prévoit,
en effet, l'arrêt des combats, le désarmement,
notamment celui des milices, le démantèlement
de celles-ci, la révision des lois liées
au processus électoral et le respect
des échéances électorales.
Le problème crucial est, bien
entendu, celui de la tenue des élections
et de l'éligibilité des candidats pour
les élections présidentielles.
Un accord n'ayant pu intervenir lors
de la réunion de l'ensemble des parties
prenantes, celles-ci ont demandé au Président
M'Beki de procéder à un arbitrage.
Celui-ci a indiqué hier que tous ceux
qui étaient présents à la réunion de
Pretoria devraient pouvoir se présenter
aux élections. Il a par ailleurs demandé
au Président Laurent Gbagbo de mettre
en oeuvre les lois nécessaires pour ce
faire.
L'accord de Pretoria semble donc bien
déboucher sur des avancées concrètes,
qui s'inscrivent d'ailleurs dans la
droite ligne des accords de Marcoussi et
d'Accra.
Nous sommes tous conscients de la
fragilité de la situation. Il faut néanmoins
saisir l'opportunité que constitue
l'accompagnement de l'ONU. Vous l'avez
dit, celle-ci a prolongé d'un mois le
mandat des forces impartiales, c'est-à-dire
celles de l'ONU et celles de l'opération
Licorne. Une nouvelle résolution sera
prise afin d'accompagner le développement
de ce processus.
En Côte d'Ivoire aujourd'hui, la
situation est telle, tant d'un point de
vue sécuritaire que d'un point de vue
économique, qu'il est temps que
l'ensemble des responsables prennent
conscience de la nécessité de faire
avancer ce processus politique.
Il y va de l'avenir de la Cote
d'ivoire. Il y va aussi de l'avenir de
l'Afrique de l'Ouest.
(Applaudissements
sur
les travées de l'UMP et de l'UC-UDF,
ainsi que sur certaines travées du RDSE.)

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