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Actions au Sénat - Questions d'actualité
Squats et occupations illicites de
logements.
19
Mai 2004
M. Philippe Nogrix.
Je voudrais, monsieur le ministre,
attirer votre attention et celle de M.
de Villepin sur le problème des
squats et de la recrudescence d'actions
d'occupation illicite de logements.
Je me fais aujourd'hui l'interprète de
la fâcheuse mésaventure dont a été
victime un citoyen de la ville de Fougères,
où je réside. Cet enseignant retraité
a acheté, dans le courant du mois de
janvier dernier, un studio à Villejuif
pour y loger son fils, qui est étudiant
à Paris. Le temps d'y effectuer
quelques travaux, il s'est retrouvé
face à un couple d'inconnus détenteur
d'un faux bail, couple qui occupe le
logement depuis près de quatre mois
maintenant. Nombre de propriétaires
sont ainsi privés de leurs biens par la
présence inopinée de squatters, dont
l'expulsion se révèle longue et coûteuse.
Monsieur le ministre, cela constitue une
attente grave et manifestement illégale
au droit de propriété, dont il n'est
pas ici nécessaire de rappeler la
valeur constitutionnelle. Je suis
conscient qu'une telle situation résulte
le plus souvent d'une extrême précarité
des occupants illégaux et je sais
combien il est difficile de concilier un
tel droit fondamental avec l'objectif
d'un droit au logement pour tous. Le
propriétaire fougerais a accompli de
nombreuses démarches dans les règles,
en respectant les procédures, et il se
retrouve aujourd'hui seul devant
l'impuissance des pouvoirs judiciaires
et des pouvoirs publics. Il a déjà
engagé 7 000 euros de frais - huissier,
serrurier, EDF, allers-retours multiples
entre Fougères et Paris - et il doit,
de plus, loger son fils à l'hôtel
alors qu'il lui avait acheté un studio.
Il est frappant de constater la
multiplication sur Internet de nombreux
sites proposant des « guides juridiques
de l'occupant sans titre », expliquant
toutes les astuces pour retarder au
maximum une expulsion. Il faut en exiger
la fermeture, monsieur le ministre, car
ils incitent à la fraude et à l'illégalité.
La loi de mars 2003 pour la sécurité
intérieure a créé, en son article 57,
un nouveau délit afin de punir très sévèrement
les trafiquants qui organisent ces
squats. Les responsables sont punis,
mais au bout de combien de mois ? Et que
fait-on pour les victimes qui se
trouvent dépossédées de leurs biens ?
Monsieur le ministre, quelles
dispositions envisagez-vous afin d'éviter
que de tels faits ne continuent à se
produire ?
M. le président.
La parole est à M. le ministre délégué.
M. Jean-François Copé,
ministre délégué à l'intérieur.
Monsieur Nogrix, comme vous avez raison
! Vous venez de résumer un de ces
nombreux épisodes de vie quotidienne
que l'on connaît lorsque l'on est élu
local et que l'on a l'occasion d'évoquer
ces questions avec nos concitoyens. Ce
que vous évoquez pour la commune de
Fougères, nous le connaissons dans
toutes les circonscriptions. Deux cas de
figure peuvent se présenter : soit les
squatters ont pénétré dans les lieux
et les ont occupés par voie de fait,
soit les occupants ont été abusés et
ont signé un faux bail. En cas
d'occupation par voie de fait, la procédure
d'expulsion peut être très rapide
puisque les dispositions législatives
relatives, d'une part, au délai de deux
mois permettant au préfet de saisir les
services sociaux des situations des
personnes susceptibles d'être expulsées
et, d'autre part, à la trêve hivernale
pendant laquelle les expulsions ne
peuvent intervenir, ne sont alors pas
applicables. En revanche, dans les
autres cas, le propriétaire du local
occupé doit en premier lieu se tourner
vers la justice. La loi du 9 juillet
1991 et la loi du 29 juillet 1998
disposent en effet qu'une décision de
justice est nécessaire. Pour sa part,
le Gouvernement a voulu compléter ces
dispositions législatives en créant,
comme vous l'avez rappelé, un nouveau délit
afin de punir les trafiquants qui
organisent l'arrivée des squatters dans
des logements. Afin de mettre un terme
rapide à l'occupation des lieux, la
juridiction peut être saisie par voie
de référé avec demande de statuer
d'heure à heure. Le concours de la
force publique ne peut être accordé
que deux mois après la notification de
la décision de justice. A cet égard,
monsieur le sénateur, le Gouvernement
est pleinement mobilisé pour accorder
le plus souvent possible le concours de
la force publique. Des instructions ont
été données en ce sens. Alors que
seules 48 % des demandes de concours étaient
honorées en 2000, ce chiffre est passé
à 58 % en 2003, malgré une forte
hausse des demandes d'intervention, qui
sont passées dans le même temps de 33
000 à 41 000. Pour ce qui est des
droits des victimes, notamment de leur
indemnisation, je précise que la
responsabilité sans faute de l'Etat est
engagée dès lors que le concours de la
force publique n'a pu être accordée
pour mettre en oeuvre la décision
d'expulsion. Concrètement, cela
signifie que près de la moitié des crédits
que le ministère de l'intérieur
consacre aux frais de contentieux et de
réparation civile sont utilisés à
l'indemnisation des refus de concours de
la force publique, ce qui représente
une somme de 63 millions d'euros.
S'agissant, enfin, de la situation que
vous évoquez à Villejuif,
permettez-moi de vous apporter un
certain nombre d'éléments. D'abord, un
jugement a été rendu récemment et les
occupants du studio de Villejuif
devraient avoir quitté les lieux au début
du mois de juin. Afin d'être sûre que
le propriétaire recouvrera la
jouissance de son bien, la préfecture a
proposé aux occupants, manifestement
abusés et qui ont signé un faux bail,
un relogement dans la ville de
Gentilly.
M. le président.
La parole est à M. Philippe Nogrix.
M. Philippe Nogrix.
Monsieur le ministre, j'avais bien évidemment
anticipé votre réponse, qui est celle
que l'on fait toujours en la matière :
« Le problème va être réglé, il n'y
aura plus de difficulté ». Or cela
fait cinq mois que la personne en
question a acheté son logement, a
commencé les travaux et s'est retrouvée
face à des gens qui se sont introduits
par voie de fait dans les lieux.
Ceux-ci, soi-disant, avaient un bail
signé par un certain M. Abdoulkader,
demeurant à Saint-Nazaire, que l'on a
recherché mais qui n'existe pas !
Aujourd'hui, on dit au propriétaire :
« Ne vous inquiétez pas, on s'occupe
de vous. » Il est vrai que le précédent
ministre de l'intérieur, M. Nicolas
Sarkozy, avait essayé de faire quelque
chose. Mais ce qui est déplorable dans
notre pays, c'est que même le ministre
de l'intérieur n'a pas le pouvoir de déloger
quelqu'un qui s'est introduit chez vous
par effraction. Après cinq mois, le
couple dont je parle occupe toujours illégalement
ce studio. Une décision de justice a
effectivement été rendue, mais la
femme du couple qui occupe les lieux,
qui est enceinte, sait pertinemment que
lorsque viendra le moment de faire exécuter
le jugement, on n'expulsera pas une mère
qui vient d'accoucher. Comment
voulez-vous, dès lors, que les citoyens
aient confiance dans l'État et dans la
justice ? Qui plus est, pour faire
exécuter la décision de justice, le
propriétaire sera obligé de faire
appel à un huissier, dont le premier
mouvement sera de demander un acompte de
1 000 euros sur ses émoluments. Qui
remboursera cet argent ? Comment
expliquer tout cela à nos concitoyens,
que de telles situations poussent
parfois vers les votes extrêmes ? Nous
devons donc trouver des solutions pour
des cas aussi flagrants. Être dépossédé
d'un bien et voir d'autres en jouir, ce
n'est pas supportable !
M. le président.
La parole est à M. le ministre délégué.
M. Jean-François Copé,
ministre délégué. Monsieur le président,
pardonnez-moi de reprendre la parole,
mais je veux dire à M. Nogrix que, sur
ce point précis, il ne doit pas douter
de la détermination totale du
Gouvernement. Les choses sont en effet
difficiles, mais sachez que la préfecture
a reçu sur ce point des consignes très
précises. Nous suivons ce dossier au
plus haut niveau. Monsieur Nogrix, je
suggère donc que vous consacriez une
prochaine question orale sans débat à
acter que, sur ce point, l'État a assumé
ses responsabilités et a clairement
veillé à l'application de la loi.

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